mercredi 4 mai 2022

[181] 978 jours

Un silence de 978 jours. 
Est-ce long ? 

Est-ce que cela signifie que j'avais disparu ? Enfouie au fond de moi-même ?
Les mots s'étaient tus. Les mots partagés mais surtout les mots qui me faisaient exister.

Le monde m'a engloutie ou peut-être je me suis laissée avaler. Je tâtonne à savoir ce qu'il s'est passé. J'hésite entre deux extrêmes. Soit je savais qui j'étais et je n'avais plus besoin des mots pour exister, soit je doutais même d'être et je n'avais perdu les mots pour redevenir. En vérité, je crois que j'ai oscillé. 

Le Loir - les Roches l'Evêque (c) Maud Delacroix

110 jours
J'ai voyagé, retrouvé, rencontré. J'étais passion, tendresse, aventure. 

87 jours
Je me suis engagée, décidée, reconnue. J'avais un objectif, un chemin, des possibles.

386 jours
J'ai été surprise, impliquée, occupée. J'étais tour à tour confinée et semi-nomade.

1 nuit
J'ai été bouleversée. J'ai perdu pied.

90 jours
Il y avait le choc, l'émotion. Il y avait nous. Et puis rien d'autre.

116 jours
J'ai perdu le goût pour retrouver les saveurs.
J'ai été émerveillée et émue. 
J'ai retrouvé un chemin, et les autres.

154 jours
Je suis à la maison. Je prends racine et je ralentis.

11 jours
Je suis deux. Nous sommes trois.

23 jours
Je suis dans un tourbillon. Mon corps se tend, mon regard se perd.
Je suis étourdie. Je suis fragile. Je suis sensible.



Et les mots reviennent. Ils reviennent au galop. Ils me bousculent et m'emportent. Ils existent malgré moi, ils existent pour moi, ils existent pour eux. Ils viennent témoigner de mes paradoxes, ils viennent m'ancrer dans une réalité. Ils sont tangibles, ils sont là. Ils sont l'instant présent et le fil qui me raccroche au passé. J'ai besoin d'eux. Merci.

vendredi 30 août 2019

[180] La tête sur les épaules

Je vous assure que,si la philosophie est l'étude de la vie,la vie n'est pas l'étude de la philosophie.
La tête sur les épaules - Henri Troyat


Time has passed. Who would have thougt ?
5 mois. Presque 6. Et le silence.

Ce silence sans les mots.
Ce silence qui maintenant hurle dans ma tête. 


(c) Maud - Cimeterio de Sucre

Des mots, j'en ai écrit des milliers. Que je vous ai envoyé. Régulièrement, fidèlement. Pour vous raconter. Dans un récit attendu, mon quotidien, mon voyage, mes projets. 
Pourtant, j'ai l'impression d'avoir perdu les mots. Mes mots. Moi-même. 

Je ne suis jamais seule. J'ai besoin d'être seule. Mais je ne sais pas être seule car je n'existe que par ces interactions avec les autres. Seule. Qui suis-je ? Seule, je ne suis plus, je suis perdue. Et le silence m'effraie brutalement.

Seule, je deviens mon imaginaire. Et la cohérence n'a plus lieu d'être. Je ne suis plus une. Je suis mille. Je suis demain et hier. Je ne me reconnais plus dans mes souvenirs que je passe pourtant des heures à revivre. Je ne sais plus ce qui est vrai, ce qui est faux. Ce qui est un rêve, ce qui est une certitude. 

Quand je suis folle, il me suffit de réapprendre à écrire. Happy.

Mais bientôt je retrouve mon équilibre. Je retrouve le fil de la réalité à suivre sagement pour vivre mes émotions sans me perdre dans des abîmes. J'aurai fait des choix, mais ils me permettront d'être là. D'être présente. De savoir.

Il n'empêche que je ne peux m'empêcher de penser à ton sourire. Ce sourire.

samedi 9 mars 2019

[179] Où le silence m'apporte sagement les mots pour imaginer


Aujourd'hui je me sens fatiguée. Mais sans doute de cette bonne fatigue qui nous assomme après une longue période intense d'émotions, d'activité. Sans doute aussi parce que aujourd'hui j'ai le temps d'être fatiguée. C'est marrant comme tout ceci peut être relatif.

Depuis 54 jours que nous sommes partis, que j'ai fermé les yeux au décollage de l'avion, c'est peut-être la première journée où nous ne faisons rien. Rien du tout. Il faisait grand soleil ce matin et je me suis rendormie dans le hamac sur la terrasse à l'ombre. Il pleut cet après-midi et je me sens assez apaisée pour écrire. Quelques mots.




J'ai besoin du temps du silence pour trouver le temps des mots. De mes mots, de ces mots qui se glissent ici pour prendre le recul, pour enregistrer en images, en couleur mes souvenirs et mes imaginaires.

J'aime mes imaginaires.

Je ne pensais pas autant perdre mes repères en voyage; je pensais m'étourdir, me perdre, apprendre, savourer et me trouver moi-même, tout au fond, être celle qui fait des choix, être celle qui ressent, être celle qui vit. Je pensais que le voyage serait synonyme de liberté. Mais ce que j'y découvre, c'est tout ces petits mécanismes, ces petites ficelles, ces liens discrets mais solides qui se sont tissés avec tout ce que j'ai vécu. Et cette toile, elle se tend, elle s'étire, elle s'agrandit, mais elle me définit. Et je me rends compte à quel point il est plus complexe que ce que je croyais d'essayer de me comprendre, car je suis composé de cette constellation, de ces relations vivantes.


jeudi 6 décembre 2018

[178] Leftovers

En ce moment, je raconte beaucoup ma vie. Je réponds aux questions, j'écrit le récit de mes projets, et j'écoute ceux des autres, leurs réactions, leurs interrogations. Et la vie me paraît plus fascinante que jamais.

Ce matin, j'ai reçu deux très beaux mails. Et j'adore ce plaisir, cette joie si simple et si forte, comme celle de l'amour, qui me submerge quand je lis les mots des autres. Ces mots qui nous relient, qui nous connectent, qui nous révèlent, nous interpellent, nous émeuvent. Merci à tout ceux qui viennent frapper à ma porte, merci à tous ceux qui me répondent. J'ai le sentiment d'être entourée d'une grande et belle famille et cette chaleur m'est très cher.

Jour après jour, le départ approche et ma crainte grandit de m'éloigner de ces foyers vivants, étourdissants. Et cependant, quand je lis ces messages, comme ce matin, ma peur s'adoucit et j'accueille plus facilement la tristesse d'être loin. Depuis la Nouvelle-Zélande ou le Canada, on se raconte, on se confie, on devient paradoxalement proches, on grandit ensemble. Je serai triste d'être loin, je serai heureuse de savoir que cependant les relations continuent.

Merci Axel. Merci Delphine.


Je suis aussi toujours aussi heureuse de retrouver ces articles, ces messages perdus sur la toile. Je suis devant une page blanche et je laisse courir mes doigts sur le clavier. J'écoute ce que je ressens et je me sens si libre. Et quand je me relis. Je me fais rire, je me souviens et j'apprends sur moi-même. Cet exercice est intéressant d'autant que je vois bien la différence entre mon introspection intime réservé aux pages manuscrites de mon journal intime, mon introspection publique sur ce blog animé de couleurs et de poésie et mes confidences épistolaires qui s'adressent uniquement à certains. 


Hier j'ai gagné au loto. A la soirée de Noël chez une autre ville. Et on m'a offert L'usage du monde de Nicolas Bouvier que je souhaitais lire depuis cet été.
Hier je me suis réveillée en douceur avec un petit déjeuner à l'ananas frais, un thé, des pains aux lait et du chocolat noir.
Mardi, j'ai goûté avec Audrey et nous avons parlé des heures autour d'un chocolat chaud aux dattes et de pâtisseries sans gluten.
Mardi, j'ai fait mon vaccin de l'hépatite A et j'étais très fière de moi.
Mardi, j'ai vidé tous les placards et d'ailleurs je donne plein d'affaires !
Lundi, j'ai papoté avec Lucie en la regardant coudre.
Lundi, je me suis rendormie après un réveil amoureux.
Dimanche, j'ai trop mangé de raclettes et découvert en avant-première les images du dernier clip de m-O-m.
Dimanche, j'ai essayé pour la première fois mes nouvelles chaussures de marche. On a flâné sur l'île-saint-denis sur les rives de la Seine, aux couleurs de l'automne, enlacés sous un ciel blanc.




Émerveillée. Chanceuse. Reconnaissante.



mardi 20 novembre 2018

[177] Boule au ventre


Extraits urbains - Berlin - (c) Maud

Il fait gris. Aujourd'hui, il va peut-être neiger.
Je n'ai pas envie de quitter mon cocon. Je me roule en boule.
J'aime sentir le poids de la couette. L'air est froid. Et je ne veux surtout pas réfléchir.

Dès que je pense, je sens mon corps qui se contracte.
Comme si il me signifiait cette impossibilité de ressentir ce que je ressens.
C'est comme interdit.

Je veux savoir quand sera le prochain rendez-vous. Étourdissant.
Redevenir cette enfant qui jouit de la vie sans penser aux conséquences.
Dévaler les pentes, courir et rire. Aux éclats.


vendredi 16 novembre 2018

[176] Nuits et Folies


Tu sens bon. Et je me noie dans les vapeurs de mes émotions. Blottie au creux de ton cou, je respire et je veux pouvoir me souvenir.
Tu es beau. Je ne sais pas si tu es bien, mais je te trouve beau. A m'étourdir.

 Sous l'Observatoire - Couleurs de la nuit (c) Maud

Tu me plais. Sans que je sois capable d'expliquer le pourquoi du comment. Et pourtant je rêve de tout pouvoir tout expliquer, avoir le contrôle. Et puis finalement je le perds. Tu me plais, et c'est comme ça. Un point c'est tout.
Tu es bizarre. Tu me surprends, tu m'intrigues. Qui es tu ?
Tu me charmes. Et j'oublie tout le reste. Je m'évanouis. Ou plutôt j'existe et je rayonne à travers ton regard. Tu me donnes corps et mon cœur bat.
Tu me fascines. Et j'ai pour projet de t'apprendre, de te dévorer, de te savourer. Jusqu'au bout de mes nuits.
Tu m'étourdis. Dans le silence. Les mots s'entrechoquent et je balbutie. La tête tourne. Le sais-tu ?

Tu me fais voyager. Chaque moment partagé est une aventure. Un voyage riche en sensations et plein de nouvelles rencontres qui encore fois me convaincs des milles et une saveurs merveilleuses de la vie.
Tu es drôle. Et je ris. Et rire, c'est tellement agréable. Merci.
Tu es simple. Simplement là. Simplement évident. Simplement bien. 

Sous l'Observatoire - Expériences de la nuit (c) Maud

Tu es rassurant.
Tu es doux.
Tu es là.

Tu m'écoutes.
Tu sais.
Tu es patient.
Tu es curieux.

 Sous l'Observatoire - Temps de la nuit (c) Maud

Tu aimes la fête. Et avec toi le tourbillon continue. Ce cocktail de vie qui nous secoue, nous anime, nous emporte.
Tu es sensible. Avec un regard, avec un geste, avec une caresse, tu parles, tu écoutes, tu existes.
Tu es fragile. Pourtant je ne le sais pas. Ou je le sais mais je n'ai pas le droit de savoir.
Tu es loin. Tu n'es pas moi. Et je ne suis pas toi. Qui sommes-nous ?

Tu es mystérieux. Tu me surprends. Tu me transformes.
Tu es un inconnu. Je ne te connais pas. Et je ne te connaîtrais jamais assez et c'est pour ça que tous les jours que je veux continuer à te découvrir, grandir, changer avec toi.
Tu es différent. Tu es spécial. Chaque moment qui passe se fait à tâtons et j'en savoure d'autant plus les plaisirs inattendus.
Tu es unique. Et je t'aime.


dimanche 11 novembre 2018

vendredi 9 novembre 2018

[174] A coeur battant (chut !)

Retenir sa respiration. Ecouter le silence, écouter sa respiration. Ecouter la nuit et son cœur qui bat.

Automne et ciel normand - Abbaye - (c) Maud


J'ai glissé mes livres préférés dans des cartons. Quel choix étrange que d'enfermer tant d'évasions passés dans les placards de mon enfance. Comme si une page se tournait et pourtant je fais ce choix pour pouvoir, un jour, la retrouver. J'ai glissé mes souvenirs dans de petites boîtes et je les ai emportés dans le silence de la nuit. J'ai roulé seule, en silence. Remontant la route de mon histoire.

Je suis arrivée à l'Abbaye, il faisait nuit noire.
C'était silencieux. C'était étrange d'être à nouveau ici. Seule. La dernière fois, c'était le Pater Noster. C'était il y a peu, c'était il y a longtemps. Les émotions qui resurgissent me semblent étrangères et pourtant familières. Dans cette chambre, dans ce lit. Préparer avec effervescence une fête éclectique, aimer d'amour et pleurer de joie ou de tristesse. S'abandonner, s'oublier, s'éparpiller, se lover.

Au réveil, c'est les petites traditions qui me reprennent. Boire un thé, manger du pain, du beurre, de la confiture (de la gelée de coing)... Et papoter avec Papa. De tout, du monde, de la famille, de politique, de voyages, de projets, du Pater Noster, de Noël, de déménager, de fromages, de jardins... La lumière est fascinante, c'est l'automne et le pays de Caux révèle ses secrets.

Après avoir rangé soigneusement mes cartons, griffonnés dessus au stylos pour que chacun puisse y trouver son bonheur, nous partons à la cueillette des framboises qui régaleront mes papilles pendant plusieurs jours. Il fait un peu froid, elles sont un peu plus petites, mais encore si nombreuses. Sous le ciel qui s'assombrit, je savoure les plus mûres, je me pique sur les orties. Je suis heureuse. 


Nature en scène - La Halle Papin / La Briche - (c) Maud

Dans le silence du train, je lis. Mon cœur se serre. Je me sens trop proche. Je n'ai pas envie, je ne suis pas encore prête pour revivre ces émotions. Je n'avais pas pensé que cela irait si loin. Quand j'ai commencé "Les Mandarins", j'ai été fasciné par la facilité de m'y plonger, la fluidité de cette littérature, mes intérêts pour les sujets politiques, relationnels, ma capacité à prendre du recul sur les situations explorées. J'ai lu avec jugement, avec distance les histoires de Henri et Paule. Mais maintenant que c'est celle de Anne qui prend de la profondeur, je suis perdue dans ces émotions qui sont aussi les miennes, qui me font peur, qui me submergent. Je suis elle, elle est moi. Ils sont eux. Et je sais ce qu'elle vit. Et je vois pourtant, spectatrice de l'histoire, l'impuissance. Et je la vis. Et ça me bouleverse. Et je n'arrive plus à lire, et je n'arrive pas à m'arrêter car je veux savoir la suite... Et j'ai peur.

J'ai écrit ce que j'avais sur le cœur. "Bon voyage". 
Je ne suis pas encore prête pour y penser et pour savoir ce que je ressens.

Je suis arrivée chez maman dans la nuit tombante. Les travaux sont terminés. Je revois les paysages, le métro passe sur la Seine. C'était pourtant court et éphémère. Mais je me souviens. 

Cela fait longtemps que je n'étais pas passé. Et encore une fois, le séjour est trop court. Maman me fait un récit, à suspense, de ses aventures et j'écoute avec plaisir les rebondissements de ses histoires. Les travaux sont presque finis. Et c'est beau. 

Elle a cuisiné. Et nous papotons. De tout, de rien. Des amis, des travaux, du voyage, de la famille, de Noël, des cadeaux, des rencontres, des histoires d'amour, des bijoux, de vêtements, de travail, d'énergie, de Zora, de religion, de films et de séries... Nous nous sommes couchées tôt, j'ai regarder le happing ending de "Un Jour Sans Fin". Le matin, j'ai réussi à être un peu studieuse, en scannant page par page mes notes sur Saint-Vincent-de-Paul, avant de reprendre nos conversations infinis dans l'après-midi. 

17h. Déjà l'heure de partir attraper le train. C'était trop court et j'ai hâte de revenir. 


Horizon dépaysant - Canal à Bruxelles - (c) Maud 

Retenir sa respiration. Regarder la nuit, regarder la buée sur la vitre. Regarder le monde qui défile et sentir son cœur battre.

mardi 16 octobre 2018

[173] Les non récits de nos vies

Good night Lover. Lover, good night.

La lumière s'est tamisée. Il est tôt pourtant, mais l'automne vient grignoter ces belles heures d'été.
Journée éclectique aujourd'hui. J'aimerais en faire le récit mais c'est un brouhaha de voix qui s'élève alors que je m'oublie dans les notes colorées de mes souvenirs.


La forêt psychédélique (c) Maud - Entente Nocturne

Hier, aujourd'hui... une promenade dans des émotions variées.

Ce matin, j'ai pris nos billets. Nous partons. C'est le compte à rebours qui commence. L'impatience qui me gagne. Pourtant, si calme aujourd'hui. 
Ce matin, j'ai fait le marché. J'ai rêvé au soleil et répondu bonjour à tous les marchands qui m'ont interpellé. Improvisant une recette à savourer à deux. Impatiente de partager ce moment.
Ce matin, j'ai soulevé la poussière des vieux livres. J'ai retrouvé les romans de mes insomnies, les romans que je m'étais promise de lire, les romans que j'ai envie d'offrir. 
Ce matin, j'ai retrouvé une concentration efficace, j'ai lu, analysé, synthétisé... J'ai tenu mes objectifs et j'ai pu cocher des lignes sur ma liste infinis.
Ce matin, j'ai mis à jour mes comptes, fait le ménage, pris une douche pour commencer sur un bon pied.
Ce matin, j'ai pris du recul sur moi-même, sur ce que je veux, sur ce que je vis.

Et là, dans la solitude, je prends le temps de me poser.
Je respire.

Ce week-end, j'étais à Entente Nocturne.
Un nouveau festival, une nouvelle apothéose de tourbillon.
J'étais surexcitée en arrivant. Sautillant, courant de sourires en sourires.
Les gens sont si beaux quand ils sourient.
J'aime tant les gens.


























La grosse Bertha (c) Maud - Karnasouk

Éclectique et étourdissant. De lumières, de musiques, de rencontres. J'ai dansé à l'ivresse avec Antoine et Aurore. J'ai retrouvé la joie des visages connus de Coucool, Karnasouk, Alterpaname, Château Perché, K'TA, Pater Noster...  Je me suis émerveillée des univers entre champignons luminescents, forêts d'économie circulaire, machines infernales et projections psychédéliques... J'ai laissé chariver mon contrôle et les émotions m'ont renversées. 
Dans la douceur des baisers, je me suis blottie, laissée emporter. Confiante. J'ai aimé.

Envie de vous raconter...
Avez-vous envie d'une nouvelle histoire ?


mardi 2 octobre 2018

[172] Ambiguïtés

Dispersée, rêveuse, silencieuse.

Je ne suis pas la même ici et ailleurs. Je change de personnalité. I'm not in the same mood. Alors je ne peux pas expliquer, je ne peux pas comparer et je ne suis plus sûre de ce que je veux.

J'avais si peu envie de partir car je savais que je laissais quelque chose filer. Quelque chose de précieux allait rester sur le chemin, et dans mon bagage, il n'y a plus de place. Vraiment ? Je ne sais pas. Cette peur du non-engagement. C'est étrange quand on y pense. On me parle si souvent de l'inverse. Je rêve des possibles. Je n'aime pas savoir une porte fermée.



Toc, toc, toc. Pas de réponse. C'est normal. Vraiment ?
Avoir si peu d'éléments pour comprendre ce qui tournoie dans ce noyau d'émotions au cœur de moi. Vaciller sous le vent des envies, des peurs, des désirs, des rêves, des possibles, des touchers, des plaisirs, des libertés, des infinis.

Discuter pendant des heures et parler de conscience de soi. Accepter de ne pas maîtriser grâce à cette connaissance de soi que l'on sait grandissante, mouvante, rassurante. Oui, mais ? J'ai envie de savoir, j'ai envie d'entendre sa voix, j'ai envie d'attention, j'ai envie de plaire, de séduire, d'impressionner, d'être celle qui...

Et pourtant, des fois, c'est si easy, si évident. Le chemin se trace sans pression, à l'écoute, avec assurance, sérénité même. Je suis libre, je suis fascinée, je suis charmée, je me sens bien. Je me sens à la maison. Je me sens en sécurité. Et j'ai envie que rien ne change.

Est-ce la différence entre le projet et l'aventure ? Je n'ai pas envie de nouveaux challenges, j'ai envie de réussir ce qui me plaît. La vie n'est pas un défi, la vie est un projet et une recette qui peut mettre des années à mijoter. Carpe Diem fait de savoirs et d'expériences.



Je veux faire un pas dans le vide. Comme si ouvrir une page blanche me permettrait de me mettre face à moi-même. Et dans ce voyage, je veux tout emporter, ne rien abandonner, rester moi-même. Et là, tout est là, non ? Pourquoi partir ? En fait je ne pars pas, je voyage, je vais vivre et expérimenter et en fait je serai toujours là. Pourquoi parler de départ, c'est simplement le chemin qui continue sur une autre voie, un peu dépaysante mais dans la continuité de mon chemin actuel.

Ah tja.
Envie de tout bousculer. Envie de te voir. Envie de savoir, de t'écouter.
Envie de câlins, envie de tendresse, envie de sécurité.
Envie de simplicité, envie d'évidences, envie de surprises, envie d'apprendre.

La liste des envie, je peux continuer à l'infini. C'est ce que chaque article entame et poétise.
C'est comme ça que je réponds à "Qui suis-je"... Je suis mes envies et mes doutes.

Et j'ai envie que tu veuilles les garder près de toi.
Écris-moi.
Embrasse- moi.
Invite-moi dans tes projets.



Qui est ce "tu" pluriel ?
Que faire de ces envies contradictoires ?
Je me bats pour que choisir ne soit pas renoncer mais construire.

Je vous aime.
Vous me manquez.

Pix by me | Tempelhof | Septembre 2018

mercredi 19 septembre 2018

[171] Emportée sous la vague, je m'évanouis




J'écris. Et le silence résonne.

Je n'ai rien à te dire et pourtant je pourrai parler pendant des heures de ce que je ressens.

Alors je choisis le silence. Et mon cœur tremble.


dimanche 9 septembre 2018

[170] Silence dans la nuit



Métaphore du fil / C'est pas là, c'est par là - Septembre 2018 / (c) Maud


Les rayons du soleil se glissent entre les rideaux. C'est le week-end. Et le rythme a changé. Pourtant quelle est la différence ? Je dors et je serre dans mes bras cet oreiller. Les paupières encore lourdes, je trébuche dans l'escalier qui est devenu une étagère. Le rituel matinal commence, mes mains en coupe, je laisse couler l'eau qui me réveille. Quelques allers-retours me sont nécessaires pour ne pas oublier de lancer la bouilloire et préparer mon thé.
En quelques instants, je suis déjà connectée. ♡
En un éclair, le monde envahit ma bulle ou bien est-ce moi qui suis partie me noyer dans le monde ?

La chaleur se pose doucement sur le bord de la fenêtre où j'ai installé mes petites pousses, l'illusion se crée d'une nature foisonnante... j'ai presque un balcon. Aujourd'hui c'est samedi, mais je reprends les tâches de mon petit carnet et je complète ce qui doit représenter un résumé de ma vie, ce portfolio m'inspire décidément et je m'amuse à composer, choisir, me souvenir. 

Mais parfois je dérive. Alors j'écris. J'écris mes peurs, mes émotions, mes réflexions. Et je pleure, dans ce soleil si doux. Mais le petit cœur optimiste reprend le fil. Je me lance dans un nouveau projet et c'est avec plaisir que j'ouvre illustrator pour une création à tester. Je m'oublie dans l'informatique et le temps qui passe, j'oublie de manger, j'oublie que j'avais dit que j'irai me balader.

L'eau a débordée. Tout d'un coup, je suis revenue dix ans en arrière. J'ai souri en constatant que Gryffondor remportait une nouvelle fois la coupe des maisons, je n'ai pas trouvé la salle sur demande mais j'ai retrouvé mes fanfictions préférées. Tellement que j'ai failli oublier mon rendez-vous à 17h avec la production bis.

Une installation assez grande, un public discret. Le son et la lumière font exister le moment avant que, comme si de rien, nous nous mettions à dérouler, enrouler les fils tendus sur nos galets blancs. Je suis concentrée sur mon action : enrouler, enjamber, me glisser, me mettre sur la pointe des pieds, contourner.... et ce n'est que parce que je finis la première que je prendre à mon tour le rôle de l'observateur de cette foule familiale qui rit de se croiser, qui s'ébahit de la longueur des fils, qui s'entraide, qui abandonne, recommence, partage... Pour finir en un foyer commun où chaque pelote est confiée, même celles que les enfants aimeraient tant garder.

C'est déjà fini et le lieu se vide. Je m'attarde pour découvrir la bibliothèque qui me rappelle pourquoi je me sens si bien à la Maif. Dehors, c'est encore l'été mais Paris n'est plus vide. Je me faufile dans la foule qui forme un flot continu et je ne m'attarde pas. Envie de solitude. 

Je retrouve le cocon, mon bazar, mon univers. Et la soirée est représentative de cet éclectique charivari qui compose ma vie. Je lis une fanfiction, je colle des tissus fleuris sur un masque de papier mâché, je savoure des tomates noires avec une buffala, je continue mon portfolio, je fais mes comptes, je dévore une glace, et me voici ici à déjà me souvenir de ces instants qui sont encore là.

Sur le chemin, aujourd'hui, je me suis dit. Je ne vis pas pour le plaisir raconter. Mais je raconte pour combler les silences de ma vie. 
Bonne nuit.  ♡


.

jeudi 30 août 2018

[169]

What do I do ?


Les ciels de Dour - (c) MD 


 Je prends le temps.
Je respire.
Je rêve.
J'écoute.

Je lis, j'analyse, je commente, je corrige.
J'approfondis, j'explique, j'argumente.
J'explore, j'apprends, je découvre.
Je lis, je m'évade, je m'identifie.

Je questionne, je remets en cause, je prends du recul.
Je comprends,
Je m'exprime, je discute.

Je vadrouille, 
Je flâne,
Je marche, j'arpente, je découvre.

J'étudie,
Je retiens, je compare, je m'inspire,
Je dessine, j'esquisse, je propose,
J'imagine, j'essaie.

Je compte, je vérifie.
Je raconte, je me souviens, je revis.

Je ressens, 
Je lâche prise,
Je tourbillonne.

Je savoure, 
Je goûte,
Je reconnais, j'identifie, je nomme.

Je priorise, j'articule, j'assemble.
Je trie, j'évalue, je juge.
Je conseille, je change.

Je danse,
Je ris,
Je pleure.

J'embrasse, je me laisse embrasser.
Je touche, je frôle, je caresse.
Je murmure. 

J'aime.

Je m'ennuie, 
Je papillonne.

J'organise, je planifie, j'anticipe,
Je coordonne, 
Je communique.

J'écris, je raconte, je dérive.
Je créé, j'invente, je me surprends.
Je regarde,
Je me déguise, je me transforme.

Je voyage,
Je sais, je ne sais plus,
J'improvise, je m'adapte, je rebondis.
J'avance, je change d'avis, je grandis.


Les ciels de Dour - (c) MD

Je suis.


mardi 21 août 2018

[168]



UN TRÈS JOYEUX ANNIVERSAIRE 

10 ans pour la-pluie-c-jolie
10 ans d'écriture, de folie, d'aventures



Soyez réalistes, Demandez l'Impossible.




[Edit] : Cet article est un clin d’œil au [1]



jeudi 16 août 2018

Chat Ô Perché [2]


Il était une fois un Château Perché.  

Les souvenirs doucement deviennent cette poussière d'étoile si précieuse, si fragile. Ce sont les sensations, les couleurs, les chaleurs qui s'assemblent pour former le tableau de notre mémoire. Laissez-moi vous en conter encore l'histoire.

Château Perché Festival 2018 - Un campement haut en couleur - (c) Paul-Sinh

Tôt le matin, il fait vite trop chaud pour rester sous la tente où je tourne en rond. Je n'arrive pas cependant à savoir si la tonnelle apporte de la fraîcheur ou fabrique une étuve.  Tout le monde a amené des melons, c'est un délice au réveil, mais c'est aussi un festin pour les guêpes. Chacun sa stratégie, mais c'est comique de voir les réactions irrationnelles. Moi, je me bouche les oreilles et je respire. 

Il fait toujours plus chaud et c'est l'aventure pour aller se doucher. D'abord, elles sont sur le camping 1, c'est loin. Il faut passer un contrôle où les vigiles n'ont pas tout à fait compris le droit à l'accès à l'eau. Un petit mensonge, "oui, oui, on est du camping 1" et zou ! Arrivée à destination, petite surprise, c'est mixte, c'est open air. Et tout le monde se retrouve ainsi naturellement nu et à l'aise. Enfin presque, on garde encore quelques bouts de tissus. 

Dans la chaleur, on fond. Je suis en salopette, la jolie combinaison que ma maman a fabriquée quand elle était enceinte de moi. C'est ma jolie histoire. Et Delphine porte celle de sa maman aussi. On s'y sens libre. Dérives de discussion, alliance de nos amoureux pour vanner sur la tyrannie de leurs chéries. Un maté, deux matés. Il fait trop chaud pour faire une sieste et le site vient de rouvrir.

On se déguise à nouveau. Il fera sans doute trop chaud dans ces robes de bals mais j'ai envie d'enfiler mes talons haut et sous mon chapeau, l'élégance me donne de l'assurance. Dans ce champs de paille, le défilé commence. On joue. Il faut passer sous la barre, être les rois du limbo, pour certains le challenge est facilité par une respiration de poppers. 

Et la déambulation perché reprend. Je me souviens de lumières, je me souviens de couleurs, je me souviens d'ombrelle. A l'Attrape-Rave, le karaoké est lancé et un jeune homme nous éblouie de sa voix pendant que je me fais complètement arroser par un idiot. La magie des paillettes semble s'évaporer après ce moment où je me suis sentie agressée. Je me sens triste, fatiguée, déconnectée. 

J'ai du mal à reprendre pied. J'observe autour de moi ce tourbillon qui reprend de plus belle et je me sens loin. On grignote, des beignets de légumes, des petites pommes de terre de l'amor, de l'aligot... Je me sens perdue, quels repères, quel sens dans cet irréel qui m'entoure, quelles connections dans cet éphémère. Ma main dans celle d'Arnaud, je ballote. Je me sens un peu triste, triste de ne pas ressentir cette euphorie de la veille.

Je saisis l'occasion d'un retour au camping pour officiellement me changer. Les talons c'est bien gentil, mais dans la forêt, c'est quand même un brin ambitieux. C'est un prétexte. Il fait enfin nuit, et frais et j'en profite pour m'endormir discrètement dans ma tente. Il est 21h30. 

Réveil en sursaut. Pourtant j'avais mis un réveil. Mais ça y est, le goût de la fête me fait peur d'en rater la moindre minute. J'ai dormi presque deux heures. Le camping s'est animé de voix, de musique. C'est l'apéro. C'est le dîner. J'enfile un maximum de couches pour lutter contre le froid qui hier m'avait couché. Dissimulé sous ma robe, un jean, des collants, deux t-shirts. Et dans mon sac-à-dos, une petite doudoune efficace. Je suis parée !

Mais le départ est retardé. On est bien là. Ensemble. Le tourbillon se passe aussi ici. L'ivresse des sens, des couleurs, des connections. J'observe et je me laisse porter. C'est si agréable d'être ensemble. Sébastien me partage son cassoulet, on discute d'amitié. Claire m'offre un sandwich vache-qui-rit, concombre : un régal. Quelques paillettes et le tour est joué. Arnaud vient de débarquer, prendre son chaud manteau de fourrure et nous voilà reparti à l'aventure pour se noyer dans le son du festival.

Château Perché Festival 2018 - Lumières de fêtes - (c) Vincent Bernot

Les douze coups de minuit ont sonné, nous sommes transformés. Une princesse en robe bleue et des lights sur le chapeau, chut c'est un secret. Je ressens l'étourdissement de la fête et j'ai le cœur qui bat. Et il me faut danser. Nous sommes ensembles. Un câlin, des câlins. Avec Maëlle. Avec Delphine, avec Marylise. Avec tout le groupe. Multitudes de singularité. Belles et flamboyantes dans la nuit.

Tiens, j'ai aperçu Sabrina. Et Cécile. Tout d'un coup. On se raconte nos nuits, nos impressions, nos coup de cœur. Je rencontre Lucille, je suis maladroite. Et voici Cécile, un autre tournoiement, chacun dans son monde. Ils sont loin. Mais je les retrouve. Rencontre improbable dans un espace aussi grand. Le labyrinthe nous perd, nous emmène dans un éblouissement. 

Il est là. Je découvre le Bois des Dames. Et son ombrelle tourne, tourne, tourne. Motifs de lumière captivant à l'infini notre imagination. Je veux parler, mais les mots sont silence quand son regard est juste émerveillement. On s'éloigne, quelques pas. Quelques notes nous font faire demi-tour. Il y a une fanfare. 

Mais j'ai envie de retrouver le cocon du groupe. J'attire avec moi ce regard perdu. Je le murmure : je suis heureuse. La musique nous enveloppe. Mais toujours la curiosité reprend le dessus et la déambulation est un festin pour les sensations. On ne sait pas où on va. Les lumières jouent à chat sur la pierre, les petits coins secrets sont envahis, il y a une foule qui nous avalent. Suis-je moi dans cette digression à ciel ouvert des envies imaginées ?

Je suis interrompue. Déconnecté. Est-ce bien ou mal ? 
Un monologue s'installe dans mon esprit pour dénouer le vrai du faux, le réel du fantastique, l'émotion de l'envie, la sensation du désir. Je ne sais pas où aller. J'avance, je serre la main. Je rassure. Je m'inquiète. Je fais demi-tour. Je retrouve ce petit poucet abandonné. Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que je veux, ce qui est bien. Je suis bien, je suis heureuse, j'ai envie de donner. De tourbillonner. As-tu envie aussi ?

J'essaie d'expliquer, je suis maladroite. C'est étrange de vouloir tout d'un coup raisonner dans ce microcosme de la fête alternative. Les mandalas de lumière viennent nous faire dériver. Je raconte, je dis trop, je ne dis pas assez. Pour rassurer. Mais j'effraie. "C'est compliqué". 
Et de nouveau, je suis interrompue. Ce sentiment frustrant d'avoir été sur le bord du précipice. 
Je n'ai pas dit ce qui était important. 

Est-ce bien, est-ce mal ? A quoi faut-il faire attention quand on s'enivre ainsi d'émotions ?
Je fais attention. Mais je perd le contrôle. Je culpabilise. 
C'est malin.
Encore une fois, je fais demi-retour. Je me rassure. Mais oui, c'est bon, je sais qui je suis. Je sais ce que je fais. Et j'ai envie de le faire. Petite conscience. Laisse moi assumer mes choix. 

Je tournoie vers le Namaste. Allégée. Colorée. Cœur battant. C'est chill. Je retrouve ce mouvement collectif d'extase improbable. On s'allonge, on est ensemble. Les gens dorment. Les gens sont blottis. Les gens sont beaux.
Je me souviens de ces deux hommes, ces deux lapins blancs, front contre front dans un baiser silencieux. 

Les mots se sont encore une fois évaporés. Je me blottis, je prends soin. Je lui demande de me raconter. C'est l'histoire d'un bateau. Est-ce que je l'ai réservé ? Cette sensation euphorisante, de pouvoir toucher la peau de l'autre. De se frôler. De s'entourer. De donner et de voir recevoir. 
J'aimerais encore une fois ressentir cette tête qui tournait, tournait, tournait.

Je sais pourquoi je me suis levée. Mais je ne sais pas pourquoi je ne suis pas revenue. Il était temps de me perdre quelques minutes en solitaire dans la nature. Je reviens, un club maté à la main. Et sur mon chemin. Arnaud. Delphine & Vincent, Adi, Paul-Sinh, Vincent, François... C'est la famille qui est réunit dans le chill bazar du Namaste. Avec un sourire et de la tendresse, j'accueille les visages perchés. François semble bercé par les contes du Camion et ses grenouilles. Je revois dans ma mémoire, son sourire, le menton calé dans ma main; j'aurai aimé que cet instant dure toujours.


Château Perché Festival - Improbable et naturel - (c) Marylise (&Clovis)


Les contes de fées sont racontés aux enfants pour dormir. Mais le groupe s'est soudainement réveillé et en route pour d'autres horizons. Je prends le temps de prendre du retard. J'ai encore envie de savourer le temps de l'éveil, la douceur de la confiance. François m'attend. 

Que penses-tu de l'amitié homme-femme ? La discussion est lancée. Dans le froid, nous parlons de tout, du pourquoi, du comment, de l'équilibre. Il y a quelque chose à comprendre, pour trouver son chemin et s'y sentir légitime. J'ai confiance en moi, est-ce pourquoi ? Est-ce que nous recherchons à être comblés ? Est-ce que nous courrons derrière des illusions ? A quoi nous servent nos idéaux quand nous trouvons le plaisir à construire dans la différence, c'est ça la nature du conflit qui nous anime et nous définit et qui fait que le chemin est tentant à parcourir. Nous nous protégeons dans nos choix et nos conventions, quels risques prenons-nous à les bouleverser, qu'avons-nous à y gagner ?

J'aurai besoin sans doute de revenir, au calme, sur ce que j'ai mûri cette nuit, en plein overdose de sons, de lumières, de sensations, cette conversation dans le froid m'a profondément touchée, changée, et fait prendre conscience de moi-même mais aussi des autres. On oubliant pourtant qu'on était dans un festival, qu'on était là pour danser...

On s'est dit bonne nuit à l'Attrape-Rave. Pour capturer les premiers rayons du soleil, on a dérivé jusqu'au Château. Dans les premiers rayons du soleil, une chaleur bienveillante s'est mis à couler. Des sourires, des effusions, une énergie nouvelle. Nous nous sommes à nouveau transformés : papillons de nuit en pétales colorés. 

Avec Zoé, Arnaud, François, Trystan, Delphine et Vincent, nous nous sommes posés mi-ombre, mi-soleil, près de la Bulle. Nous avons dégusté des Cocottes au beurre breton. Et je me suis oubliée dans la danse. C'était l'heure de ne plus exister, et perdue en moi-même, je me suis laissée emportée. Perdre l'équilibre, jouer avec les rayons du soleil. Trébucher, sauter, tourner. J'aime danser.

Il commence à faire chaud. C'est le cycle qui recommence. Je cherche le courant d'air. Il est 9h. Le namaste est bouillant, l'énergie du soleil est aussi venue bousculé ce refuge-chill. Je cherche à manger, je déambule, solitaire. Je reprends mon exploration. Je sympathise avec le monsieur des burgers d'Auvergne qui m'offre des frites. Lui aussi a passé une nuit blanche à observer les festivaliers.

C'est l'heure du petit train. Qui ne démarre pas. C'est l'heure du petit-déjeuner au melon et à la menthe avec "Pardonnez-nous". Des acrobates s'envolent sur la structure de bambou. Et nous savourons des smoothies glacés au concombre et gingembre. Ou bien était-ce l'heure du thé Chaï ? Je ne sais plus. La musique est enivrante, toujours. Et dans le soleil, nous sommes si bien.

On va chercher de l'ombre au carré des Platanes. Je m'endors sur les genoux de Zoé. Jusqu'à ce que le rythme de la musique me fasse sauter sur mes deux pieds. Toujours envie de danser. On commence à ne plus savoir si c'est le matin, la fin de la nuit, le début de la journée. Les inconnus sont des amis. Certains sont perdus. Certains sont endormis, certains sont très très loins.

Il est presque midi. Nous partons faire un dernier tour au Namaste Bazar où il fait chaud. Si chaud. On se glisse les uns à côté des autres dans les petites fenêtres d'ombre. Tout d'un coup, je le reconnais. Ce t-shirt. Ce regard. Mais c'est comme si c'était irréel; pas un sourire, pas un signe de reconnaissance et c'est déjà évanoui. Il était là finalement. Je me perds. Je cours dans les bras de Delphine. Je ne sais pas.

Il est déjà l'heure de la fin.


Château Perché Festival 2018 - Sur le chemin des rêves - (c) Constance

Il faut que je me secoue un peu. Que je retrouve ma concentration; je dois conduire des demoiselles jusque la gare de Moulins ! Je me mets un peu la pression pour me réveiller. Heureusement que nous sommes plusieurs et que nous pouvons discuter car je suis si fatiguée que j'oublie la route deux secondes après avoir tourné à un carrefour. Tout d'un coup, ce héron qui nous survole et je suis pas loin de nous finir dans le fossé. Ouf, nous voilà déjà de nouveau garé. Sorry pour tous les autostopeurs que je n'ai pas pu emporté.

Il est 14h, il est 16h, il est 18h... Il fait chaud. J'ai la tête qui tourne de fatigue. Je cherche les astuces pour me reposer. On construit un grand dortoir en plein air sous la tonnelle. Arnaud ronfle. C'est déjà l'heure du départ pour certains. Je m'active, je veux dormir. On se dit au revoir. A demain. On va se perdre dans les bois, chercher la fraîcheur au camping 3. Elle n'est pas vraiment là, on s'allonge, les voisins bavardent. Mais j'ai des vertiges et impossible de m'assoupir. Je me sens mal, comme écrasée.

Zoé compatit et me motive à retourner prendre une douche. On est pas équipé, mais cette fois, ce n'est pas grave. Plus de pudeur, plus de scrupules. En petite culotte, sous l'eau fraîche. Je me sens respirer. Enfin. On croise Delphine qui me raconte sa rencontre improbable, dire bonjour sans se connaître. Ah les situations sans queue ni tête qui viennent me faire rire, j'aime.

De retour au camping, je n'arrive pas à manger, mais j'arrive enfin à m'endormir bercée par la musique d'Edouard, le voisin qui cherche un covoiturage. Quand je me réveille, la nuit est déjà tombée. J'ai presque froid. Et déjà envie de retourbilloner. Et Château Perché m'offre cette joie : la fin n'est pas une fin et c'est encore la fête au Camping 1.

Nouvelle tenue de lumière, longue jupe et guirlandes lumineuses. Pas de thème aujourd'hui mais une envie d'être belle. Ce soir, c'est les amoureux de la fête qui sont toujours là. C'est une mer de casque lumineux, ces casques de la fête silencieuse qui nous accueille dans la nuit étoilée. Au loin, les éclairs grondent. Et je me laisse emporter. Je danse. Sous mon masque, l'oxygène manque.

Ce soir encore, c'est l'occasion de découvrir un monde féérique, fait de feu, de palettes, d'objets suspendu dans les branches de cet arbre immenses. Je le cherche. J'en trouve un autre. Il est là. Assis entre amis. Je le vois, encore, encore et encore. Un dernier sourire pour un au-revoir. C'est comme si c'était dans un monde parallèle. Sinon je me suis oubliée dans la danse. "J'étais bien dans mes baskets".

La pluie tombe à petites gouttes d'abord. On s'est blottis sous l'arbre, à demi-endormi. J'aime cette confiance, j'aime cette tendresse. C'est le dernier soir et il est tout simplement magique.

Et l'orage est là. Pluie battante, arrêt de tout. C'est la tempête. Le vent souffle et je ris sous la pluie. Je protège mon masque. Au campement, tout s'envole et c'est le bran-le-bas le combat pour démonter les tonnelles. Avant de m'endormir, je fais un détour. Il n'y a personne quand j'appelle. Sa tente est vide. Alors je vais me plonger dans les bras de Morphée sans me poser de questions. Merci Zoé de m'héberger.

Cette deuxième journée a été un long ensemble continu, où je me suis perdue, retrouvée, oubliée, épuisée... Je crois que je ne réalise pas encore l'ampleur du vide qui va m'envahir après ce trop-plein quand au réveil, il faut ranger, tout replier. On fait une pause pour prendre un thé.

Merci François de m'avoir offert ce retour à deux. Où nous avons prolongés nos discussions de la nuit froide. Merci de m'avoir écouté. Merci aussi de te confier.

Et me voilà, chez moi. Les mots se bousculent après le silence des nuits ivre de sensations. Je suis définitivement perdue. Pourquoi ? Que s'est-il réellement passé que je n'arrive pas à reprendre pied ?




mardi 14 août 2018

Chat Ô Perché [1]


J'ai envie de vous raconter une histoire.

Il était une fois un Château Perché.  Not that so far ago. Un temps de bal masqué, d'ivresses musicales, et de transes collectives. Ce n'est pas mon histoire, c'est leur histoire. Leurs histoires.
Et je me propose de vous dire quelque mots sur cet éphémère composé de sons et lumières, d'énergies amoureuses et d'improbables rencontres.

Château Perché Festival 2018 - L'attrape Rave - (c) Timagin

Lorsque je suis arrivée sur le site, l'excitation du week-end commençait à se faire sentir. J'étais impatiente. J'avais fait une longue route avec Sabrina et Cécile, à discuter de costumes, de soirées parisiennes, de camping, d'équateur... tout en collant des plumes multicolores pour la mascarade du soir. Je savais que j'arrivais pour retrouver une ribambelle de connaissances, des amis rencontrés au fil de ma vie. Souvent en festival. 

Et le campement était là. Soudain, dans ses couleurs flamboyante, les tissus venus tout droit du Pater Noster, volant au vent. Temps de retrouvailles, temps de rencontre. C'est le tout début d'un long tourbillon intense. Ce n'est pas notre premier festival. On y sent le plaisir de recommencer, et toujours d'aller plus loin. Nous sommes ensembles, et créatifs. Les fanions s'agitent, les tentes forment un grand cercle inclusif, et déjà le son commence à vibrer. 

Il est tôt mais déjà le temps est déformé. J'ai oublié de déjeuner, alors déjà, c'est l'heure de dîner. On découpe les petits légumes, c'est l'atelier cuisine pour s'assurer de tenir jusqu'au bout de la nuit. Couper les poivrons, le concombre, les tomates, la fêta avec mon petit couteau en plastique rose. Et ces lentilles que j'ai fait cuire la veille, que j'ai oublié et dont je suis très fière de ce parfum "fumé" que je fais goûter à tout le monde. Le repas est prêt !

Le désordre a commencé. Les souvenirs se mélangent. C'est l'euphorie qui l'emporte. Cet euphorie qui nous a séduite, celle que je recherche quand je viens faire la fête. Mon euphorie à moi. Bio, comme dirait Clovis. Sans alcool et sans drogue, composée de mes rencontres, de la musique, et de la danse. 
Et pour commencer ce chemin sur-réaliste, la première étape est celle du déguisement. Devenir soi-même ou bien devenir quelqu'un d'autre ? Je ne sais pas. Je me transforme et je suis. 

J'enfile cette jolie robe trouvée en friperies, j'invente un chapeau avec le mandala en crochet de Emily et quelques lights trouvées à la dernière minute jeudi viennent illuminer cette joie qui déjà en moi rayonne. Et l'impatience s'efface pour laisser place au maquillage. J'aime me pencher sur ces visages, les lire, les colorer, les soutenir, les révéler. Je me laisse dériver dans les lignes, continuité, discontinuités, motifs et évocation. 

Château Perché Festival 2018 - Le bout du canal - (c) Thibault Konen

Dans le soleil caressant, nous avons entamé l'exploration de ce site exceptionnel. Patrimoine de notre Histoire, le château d'Avrilly est aussi un espace incroyable de nature dans lequel se sont déployés des scénographies toutes plus féeriques les uns que les autres. Onze scènes se cachent dans le parc et j'ai mis trois jours à les découvrir. 

La première découverte a été le bout du canal qui ouvrait sur cette perspective incroyable sur le château, reflet dans l'eau et grands totems. Pas de doute, le Château Perché est un festival techno. L'allée principale nous fait traverser la Plaine et déboucher sur un espace un peu plus intime où il est l'heure de se laisser emporter dans les premiers pas de danse. Je vois des sourires. Et je me sens bien. La fête a commencé.

La déambulation aussi. Le festival est grand, très grand. Et nous sommes nombreux. Beaucoup plus que ce que j'avais imaginé ! C'est étourdissant. Et chaque pas apporte une surprise sensoriel : des projections sur la façade du château, une balançoire de métal, un cheval de fer, des guirlandes de bonbons, un ciel de parapluie... 

Nous voici au Carré des Platanes, près duquel se trouve un des rares points d'eau. Avec l'équipe du Pater, on prends des photos, on se murmure des ébahissements, on cherche et on trouve mille nouvelles idées. La décoration est inspirante. Autour de nous, on se retourne aussi. Chaque déguisement est un délice. L'occasion de compliments. 

A quel point cet éphémère beauté de la foule est-elle un témoignage d'humanité ? 
C'est une des premières choses que nous nous sommes dit en arrivant avec Sabrina et Cécile. Les gens sont beaux. Et si perchés soient-ils, les gens m'ont paru beaux et sincères du début à la fin dans leur tourbillon et parfois leur perte. 

Château Perché Festival 2018 - Château d'Avrilly - Trévol - (c) Thibault Konen

Les chemins se perdent et se retrouvent. C'est à chaque fois une joie de retrouver un visage connu. On se presse les uns contre les autres, on se sourit et on partage avec intensité l'instant présent. 

Nous voilà sur la Plaine à admirer le dôme. La bulle. Avec Zoé, on observe la structure fine et stable. On se questionne sur le montage. On aime aussi les coulisses de la fête, on est curieuse. De toute cette énergie déployée pour ce moment précis qui nous attire comme des papillons à la lumière. Et là, un nouveau visage connu. Je saute dans les bras de Florent. Un tutu et un grand cœur. Je le connais peu, mais je connais sa bienveillance. Je croise Anna dans un éclair. 

La curiosité nous emmène un peu plus loin. C'est la main stage et l'explosion grandiose de la mise en scène. Arnaud me dit : l'année prochaine on aura un responsable mapping au Pater ! C'est vrai qu'il est si facile de se faire hypnotiser par ces yeux de paons qui envahissent la charpente du bâtiment et tournoient dans les airs dans des mandalas infinis. 

Il fait nuit et les lights se sont allumées petits à petits. Elles ne sont pas partout mais elles sont nombreuses, sorte de farfadet disparaissant avec notre raison. Les miennes s'accrochent à mes voisins. Quand je danse, elles tintinnabulent. Mais j'ai du mal à trouver un endroit où me poser. Je ne sais pas si c'est l'excitation, l'envie de tout découvrir qui nous donne ainsi la bougeotte. Mais nous ne restons pas longtemps et d'une scène à l'autre, les sons s'enchaînent dans une techno toujours plus intense. 

Nous découvrons l'attrape-rave. On tourne un peu en rond. On nous conseille une scène un peu caché, tout derrière la main stage. Il faut passer le Hall de Gare, et contourné le bâtiment et nous trouverons le Namaste Bazar. Je me souviens de cette quête improbable mais je ne me souviens pas de mes compagnons d'aventure. J'étais avec Paul-Sinh et Antoine je crois. C'est fou ce que ma mémoire ne s'accroche pas à ces détails. 
Château Perché Festival 2018 - Château d'Avrilly - Trévol - (c) Romane Kelecsenyi

Et nous avons finalement trouvé cet éden du festival : la serre chill du Camion Bazar où les gens dansaient le plus souvent assis, où on écoutait du Pink Floyd ou The Sound of Silence de Simon & Garfunkel. J'y suis resté jusque la fin pour ce premier soir. Bercée par une musique enivrante. J'ai retrouvé des visages, des sourires. Adi était là par exemple. Perdu et retrouvé. 

Et comme si le petit Poucet avait semé ses galets, tous les papillons se sont retrouvés. Claire me le dit, et je le sens : je suis rayonnante. Et dans mes rayons, je capte l'énergie des autres, celles qu'ils me donnent, me partage. Un baiser, une main qui se glisse dans la mienne. Zoé est emportée dans cette vague. Je peux sentir les émotions battre au bout des doigts, au bout des lèvres, dans le regard de tous. 

Et tant de regards, tant de visages me semblent familiers. Le camion bazar et son public sont devenus une petite famille. Ils sont là, présents, rassurants, enivrants. Il y a Bébère. Il y a Valentin. Il y a Rémy. Il y a Cécile. Et je rencontre Maverick. Déjà vus à la Coucool, aux Alterpaname ou bien au Karnasouk. Je ne sais plus. Nous aimons la fête et nous l'aimons autrement. 

François m'invite à danser et la danse m'emporte encore une fois. Puis je retourne tourbillonner plus en douceur entre les bras de ma sœur et de cet inconnu déjà connu. On se raconte nos vies. C'est la magie du chill. Nous sommes sincèrement curieux. On parle cinéma. Jurassic parc : vraiment ? Je n'ai malheureusement pas retenu le nom du film russe sur les souvenirs... Moi je te parle de Métamorphoses, incapable de retrouver le nom de Christophe Honoré. 

Zoé est amoureuse. Elle l'écrit. Et me le montre. Amoureuse, si belle. Delphine a envie de bouger. Maverick nous donne son prénom. Et son histoire. De câlins en baiser, il n'y a qu'un pas quand on se sent si bien. Ma sobriété n'a rien à voir avec mon ivresse émotionnelle. Je suis noyée. Je suis heureuse. Je suis sincère. Je suis confiante. Polyamoureuse.

Château Perché Festival 2018 - Au croisement des chemins - (c) Martin Dls

Il fait froid à cinq heure du matin en Auvergne. C'est pourtant la fin du Namaste Bazar. Et la déambulation recommence. Cette fois, je tourbillone à deux. J'ai envie de faire connaissance. Encore un peu. De la main stage, en passant par le théâtre magique et le carré des Platanes, nous cherchons la chaleur de la foule. La chaleur de l'autre. 

Zoé m'appelle à l'aide. Perdue. Je la trouve, retrouvée, avec Arnaud. Près du dôme. Ils retournent à la main stage mais j'ai envie de continuer de me perdre. Il fait nuit, il fait froid. Je ne suis plus sous le joug de la fascination de l'ivresse collective. J'ai envie de son attention, j'ai envie de ses lèvres, j'ai envie de son désir. Et je retrouve ma passivité innocente, je glisse ma main dans la sienne. Solution de facilité pour trouver mon chemin. 

J'ai été étourdie. La nuit a filé. Je me suis perdue et retrouvée. Comme chacun. 
Je suis sobre et ivre. Je suis là, présente et éphémère version de moi-même. Intense et sincère. 
Curieuse de ce qu'il adviendra, le premier chapitre se termine sur une note mitigée où je sais bien que je ne peux malheureusement pas lâcher prise indéfiniment et que la réalité me rattrapera. Et pourtant, j'ai déjà hâte d'être au lendemain. 

Et c'est ainsi, que je me couche. Étourdie d'intensité, partagée entre rêves et réalité merveilleuse.

[...] Suite au prochain chapitre.