vendredi 30 août 2019

[180] La tête sur les épaules

Je vous assure que,si la philosophie est l'étude de la vie,la vie n'est pas l'étude de la philosophie.
La tête sur les épaules - Henri Troyat


Time has passed. Who would have thougt ?
5 mois. Presque 6. Et le silence.

Ce silence sans les mots.
Ce silence qui maintenant hurle dans ma tête. 


(c) Maud - Cimeterio de Sucre

Des mots, j'en ai écrit des milliers. Que je vous ai envoyé. Régulièrement, fidèlement. Pour vous raconter. Dans un récit attendu, mon quotidien, mon voyage, mes projets. 
Pourtant, j'ai l'impression d'avoir perdu les mots. Mes mots. Moi-même. 

Je ne suis jamais seule. J'ai besoin d'être seule. Mais je ne sais pas être seule car je n'existe que par ces interactions avec les autres. Seule. Qui suis-je ? Seule, je ne suis plus, je suis perdue. Et le silence m'effraie brutalement.

Seule, je deviens mon imaginaire. Et la cohérence n'a plus lieu d'être. Je ne suis plus une. Je suis mille. Je suis demain et hier. Je ne me reconnais plus dans mes souvenirs que je passe pourtant des heures à revivre. Je ne sais plus ce qui est vrai, ce qui est faux. Ce qui est un rêve, ce qui est une certitude. 

Quand je suis folle, il me suffit de réapprendre à écrire. Happy.

Mais bientôt je retrouve mon équilibre. Je retrouve le fil de la réalité à suivre sagement pour vivre mes émotions sans me perdre dans des abîmes. J'aurai fait des choix, mais ils me permettront d'être là. D'être présente. De savoir.

Il n'empêche que je ne peux m'empêcher de penser à ton sourire. Ce sourire.

samedi 9 mars 2019

[179] Où le silence m'apporte sagement les mots pour imaginer


Aujourd'hui je me sens fatiguée. Mais sans doute de cette bonne fatigue qui nous assomme après une longue période intense d'émotions, d'activité. Sans doute aussi parce que aujourd'hui j'ai le temps d'être fatiguée. C'est marrant comme tout ceci peut être relatif.

Depuis 54 jours que nous sommes partis, que j'ai fermé les yeux au décollage de l'avion, c'est peut-être la première journée où nous ne faisons rien. Rien du tout. Il faisait grand soleil ce matin et je me suis rendormie dans le hamac sur la terrasse à l'ombre. Il pleut cet après-midi et je me sens assez apaisée pour écrire. Quelques mots.




J'ai besoin du temps du silence pour trouver le temps des mots. De mes mots, de ces mots qui se glissent ici pour prendre le recul, pour enregistrer en images, en couleur mes souvenirs et mes imaginaires.

J'aime mes imaginaires.

Je ne pensais pas autant perdre mes repères en voyage; je pensais m'étourdir, me perdre, apprendre, savourer et me trouver moi-même, tout au fond, être celle qui fait des choix, être celle qui ressent, être celle qui vit. Je pensais que le voyage serait synonyme de liberté. Mais ce que j'y découvre, c'est tout ces petits mécanismes, ces petites ficelles, ces liens discrets mais solides qui se sont tissés avec tout ce que j'ai vécu. Et cette toile, elle se tend, elle s'étire, elle s'agrandit, mais elle me définit. Et je me rends compte à quel point il est plus complexe que ce que je croyais d'essayer de me comprendre, car je suis composé de cette constellation, de ces relations vivantes.


jeudi 6 décembre 2018

[178] Leftovers

En ce moment, je raconte beaucoup ma vie. Je réponds aux questions, j'écrit le récit de mes projets, et j'écoute ceux des autres, leurs réactions, leurs interrogations. Et la vie me paraît plus fascinante que jamais.

Ce matin, j'ai reçu deux très beaux mails. Et j'adore ce plaisir, cette joie si simple et si forte, comme celle de l'amour, qui me submerge quand je lis les mots des autres. Ces mots qui nous relient, qui nous connectent, qui nous révèlent, nous interpellent, nous émeuvent. Merci à tout ceux qui viennent frapper à ma porte, merci à tous ceux qui me répondent. J'ai le sentiment d'être entourée d'une grande et belle famille et cette chaleur m'est très cher.

Jour après jour, le départ approche et ma crainte grandit de m'éloigner de ces foyers vivants, étourdissants. Et cependant, quand je lis ces messages, comme ce matin, ma peur s'adoucit et j'accueille plus facilement la tristesse d'être loin. Depuis la Nouvelle-Zélande ou le Canada, on se raconte, on se confie, on devient paradoxalement proches, on grandit ensemble. Je serai triste d'être loin, je serai heureuse de savoir que cependant les relations continuent.

Merci Axel. Merci Delphine.


Je suis aussi toujours aussi heureuse de retrouver ces articles, ces messages perdus sur la toile. Je suis devant une page blanche et je laisse courir mes doigts sur le clavier. J'écoute ce que je ressens et je me sens si libre. Et quand je me relis. Je me fais rire, je me souviens et j'apprends sur moi-même. Cet exercice est intéressant d'autant que je vois bien la différence entre mon introspection intime réservé aux pages manuscrites de mon journal intime, mon introspection publique sur ce blog animé de couleurs et de poésie et mes confidences épistolaires qui s'adressent uniquement à certains. 


Hier j'ai gagné au loto. A la soirée de Noël chez une autre ville. Et on m'a offert L'usage du monde de Nicolas Bouvier que je souhaitais lire depuis cet été.
Hier je me suis réveillée en douceur avec un petit déjeuner à l'ananas frais, un thé, des pains aux lait et du chocolat noir.
Mardi, j'ai goûté avec Audrey et nous avons parlé des heures autour d'un chocolat chaud aux dattes et de pâtisseries sans gluten.
Mardi, j'ai fait mon vaccin de l'hépatite A et j'étais très fière de moi.
Mardi, j'ai vidé tous les placards et d'ailleurs je donne plein d'affaires !
Lundi, j'ai papoté avec Lucie en la regardant coudre.
Lundi, je me suis rendormie après un réveil amoureux.
Dimanche, j'ai trop mangé de raclettes et découvert en avant-première les images du dernier clip de m-O-m.
Dimanche, j'ai essayé pour la première fois mes nouvelles chaussures de marche. On a flâné sur l'île-saint-denis sur les rives de la Seine, aux couleurs de l'automne, enlacés sous un ciel blanc.




Émerveillée. Chanceuse. Reconnaissante.



mardi 20 novembre 2018

[177] Boule au ventre


Extraits urbains - Berlin - (c) Maud

Il fait gris. Aujourd'hui, il va peut-être neiger.
Je n'ai pas envie de quitter mon cocon. Je me roule en boule.
J'aime sentir le poids de la couette. L'air est froid. Et je ne veux surtout pas réfléchir.

Dès que je pense, je sens mon corps qui se contracte.
Comme si il me signifiait cette impossibilité de ressentir ce que je ressens.
C'est comme interdit.

Je veux savoir quand sera le prochain rendez-vous. Étourdissant.
Redevenir cette enfant qui jouit de la vie sans penser aux conséquences.
Dévaler les pentes, courir et rire. Aux éclats.


vendredi 16 novembre 2018

[176] Nuits et Folies


Tu sens bon. Et je me noie dans les vapeurs de mes émotions. Blottie au creux de ton cou, je respire et je veux pouvoir me souvenir.
Tu es beau. Je ne sais pas si tu es bien, mais je te trouve beau. A m'étourdir.

 Sous l'Observatoire - Couleurs de la nuit (c) Maud

Tu me plais. Sans que je sois capable d'expliquer le pourquoi du comment. Et pourtant je rêve de tout pouvoir tout expliquer, avoir le contrôle. Et puis finalement je le perds. Tu me plais, et c'est comme ça. Un point c'est tout.
Tu es bizarre. Tu me surprends, tu m'intrigues. Qui es tu ?
Tu me charmes. Et j'oublie tout le reste. Je m'évanouis. Ou plutôt j'existe et je rayonne à travers ton regard. Tu me donnes corps et mon cœur bat.
Tu me fascines. Et j'ai pour projet de t'apprendre, de te dévorer, de te savourer. Jusqu'au bout de mes nuits.
Tu m'étourdis. Dans le silence. Les mots s'entrechoquent et je balbutie. La tête tourne. Le sais-tu ?

Tu me fais voyager. Chaque moment partagé est une aventure. Un voyage riche en sensations et plein de nouvelles rencontres qui encore fois me convaincs des milles et une saveurs merveilleuses de la vie.
Tu es drôle. Et je ris. Et rire, c'est tellement agréable. Merci.
Tu es simple. Simplement là. Simplement évident. Simplement bien. 

Sous l'Observatoire - Expériences de la nuit (c) Maud

Tu es rassurant.
Tu es doux.
Tu es là.

Tu m'écoutes.
Tu sais.
Tu es patient.
Tu es curieux.

 Sous l'Observatoire - Temps de la nuit (c) Maud

Tu aimes la fête. Et avec toi le tourbillon continue. Ce cocktail de vie qui nous secoue, nous anime, nous emporte.
Tu es sensible. Avec un regard, avec un geste, avec une caresse, tu parles, tu écoutes, tu existes.
Tu es fragile. Pourtant je ne le sais pas. Ou je le sais mais je n'ai pas le droit de savoir.
Tu es loin. Tu n'es pas moi. Et je ne suis pas toi. Qui sommes-nous ?

Tu es mystérieux. Tu me surprends. Tu me transformes.
Tu es un inconnu. Je ne te connais pas. Et je ne te connaîtrais jamais assez et c'est pour ça que tous les jours que je veux continuer à te découvrir, grandir, changer avec toi.
Tu es différent. Tu es spécial. Chaque moment qui passe se fait à tâtons et j'en savoure d'autant plus les plaisirs inattendus.
Tu es unique. Et je t'aime.


vendredi 9 novembre 2018

[174] A coeur battant (chut !)

Retenir sa respiration. Ecouter le silence, écouter sa respiration. Ecouter la nuit et son cœur qui bat.

Automne et ciel normand - Abbaye - (c) Maud


J'ai glissé mes livres préférés dans des cartons. Quel choix étrange que d'enfermer tant d'évasions passés dans les placards de mon enfance. Comme si une page se tournait et pourtant je fais ce choix pour pouvoir, un jour, la retrouver. J'ai glissé mes souvenirs dans de petites boîtes et je les ai emportés dans le silence de la nuit. J'ai roulé seule, en silence. Remontant la route de mon histoire.

Je suis arrivée à l'Abbaye, il faisait nuit noire.
C'était silencieux. C'était étrange d'être à nouveau ici. Seule. La dernière fois, c'était le Pater Noster. C'était il y a peu, c'était il y a longtemps. Les émotions qui resurgissent me semblent étrangères et pourtant familières. Dans cette chambre, dans ce lit. Préparer avec effervescence une fête éclectique, aimer d'amour et pleurer de joie ou de tristesse. S'abandonner, s'oublier, s'éparpiller, se lover.

Au réveil, c'est les petites traditions qui me reprennent. Boire un thé, manger du pain, du beurre, de la confiture (de la gelée de coing)... Et papoter avec Papa. De tout, du monde, de la famille, de politique, de voyages, de projets, du Pater Noster, de Noël, de déménager, de fromages, de jardins... La lumière est fascinante, c'est l'automne et le pays de Caux révèle ses secrets.

Après avoir rangé soigneusement mes cartons, griffonnés dessus au stylos pour que chacun puisse y trouver son bonheur, nous partons à la cueillette des framboises qui régaleront mes papilles pendant plusieurs jours. Il fait un peu froid, elles sont un peu plus petites, mais encore si nombreuses. Sous le ciel qui s'assombrit, je savoure les plus mûres, je me pique sur les orties. Je suis heureuse. 


Nature en scène - La Halle Papin / La Briche - (c) Maud

Dans le silence du train, je lis. Mon cœur se serre. Je me sens trop proche. Je n'ai pas envie, je ne suis pas encore prête pour revivre ces émotions. Je n'avais pas pensé que cela irait si loin. Quand j'ai commencé "Les Mandarins", j'ai été fasciné par la facilité de m'y plonger, la fluidité de cette littérature, mes intérêts pour les sujets politiques, relationnels, ma capacité à prendre du recul sur les situations explorées. J'ai lu avec jugement, avec distance les histoires de Henri et Paule. Mais maintenant que c'est celle de Anne qui prend de la profondeur, je suis perdue dans ces émotions qui sont aussi les miennes, qui me font peur, qui me submergent. Je suis elle, elle est moi. Ils sont eux. Et je sais ce qu'elle vit. Et je vois pourtant, spectatrice de l'histoire, l'impuissance. Et je la vis. Et ça me bouleverse. Et je n'arrive plus à lire, et je n'arrive pas à m'arrêter car je veux savoir la suite... Et j'ai peur.

J'ai écrit ce que j'avais sur le cœur. "Bon voyage". 
Je ne suis pas encore prête pour y penser et pour savoir ce que je ressens.

Je suis arrivée chez maman dans la nuit tombante. Les travaux sont terminés. Je revois les paysages, le métro passe sur la Seine. C'était pourtant court et éphémère. Mais je me souviens. 

Cela fait longtemps que je n'étais pas passé. Et encore une fois, le séjour est trop court. Maman me fait un récit, à suspense, de ses aventures et j'écoute avec plaisir les rebondissements de ses histoires. Les travaux sont presque finis. Et c'est beau. 

Elle a cuisiné. Et nous papotons. De tout, de rien. Des amis, des travaux, du voyage, de la famille, de Noël, des cadeaux, des rencontres, des histoires d'amour, des bijoux, de vêtements, de travail, d'énergie, de Zora, de religion, de films et de séries... Nous nous sommes couchées tôt, j'ai regarder le happing ending de "Un Jour Sans Fin". Le matin, j'ai réussi à être un peu studieuse, en scannant page par page mes notes sur Saint-Vincent-de-Paul, avant de reprendre nos conversations infinis dans l'après-midi. 

17h. Déjà l'heure de partir attraper le train. C'était trop court et j'ai hâte de revenir. 


Horizon dépaysant - Canal à Bruxelles - (c) Maud 

Retenir sa respiration. Regarder la nuit, regarder la buée sur la vitre. Regarder le monde qui défile et sentir son cœur battre.